Mutuzz et le « Star System »
L’organisation actuelle de l’industrie musicale possède une solide cohérence économique, très bien décrite dans le Repères N°464 (L’industrie du disque, Nicolas CURIEN, François MOREAU, édition La Découverte, 2006).
L’industrie musicale
Côté offre, dans une curieuse symbiose, le travail de prospection et de découverte des nouveaux talents est délégué à de petites compagnies indépendantes, tandis que les 4 majors (Universal, Sony, EMI, Warner) profitant de leurs accès privilégiés aux canaux de distribution et de leur force de frappe commerciale, récupèrent et développent les artistes détectés, investissent les nouveaux genres musicaux porteurs et déjà défrichés, ou rachètent les indépendants les plus performants.
Côté demande, les achats se concentrent massivement sur quelques titres (moins de 5% des références représentent 90% des ventes) notamment en raison des trois mécanismes suivants :
- effet de mimétisme : en l’absence de certitudes sur la qualité réelle des titres, le consommateur rationnel achète ce que les autres achètent dans une dynamique cumulative, un peu comme on préfère faire la queue devant un restaurant bondé, plutôt que de rentrer dans le restaurant voisin vide.
- effet de « Superstardom ». L’économiste américain Rosen explique dès 1981, qu’un faible écart intrinsèque de talent génère aujourd’hui un très grand écart de revenus entre artistes (« Winner take all ») dans la mesure où l’invention de supports matériels reproductibles (disques, CD…) rend possible la concentration de la demande sur un petit nombre d’artistes stars.
- effet de réseau renforcé par l’effet de club : le partage d’un goût commun fonde une culture commune (notamment chez les jeunes) et le fait d’être membre d’un groupe en croissance renforce son intérêt et son attractivité (externalité positive de consommation).
L’industrie musicale peut alors agir sur ces mécanismes pour réduire l’incertitude inhérente aux activités artistiques (le talent n’est pas objectivable) en sélectionnant à l’entrée (le plus souvent, dans le sens du conformisme -les valeurs « sûres »), et en investissant lourdement dans du marketing de lancement répétitif (pour amorcer les dynamiques cumulatives de plébiscite public, mais aussi pour occuper l’espace des créneaux de diffusion, et couper l’herbe sous le pied des concurrents).
Au final, le système s’est révélé lucratif pour les Majors et les Stars, satisfaisant pour les indépendants dont l’existence est maintenue dans un secteur économique très concentré, mais très préjudiciable à la diversité des talents et aux artistes émergents, qui sont certes produits mais rarement distribués.
La révolution numérique
Cet équilibre industriel fragile vit sans doute ses dernières années. L’industrie musicale n’a en effet pas réagi adéquatement aux 2 tournants majeurs propres à l’économie immatérielle.
- C’est d’abord l’émergence d’Internet comme support des échanges culturels. La diffusion des biens culturels sous format matériel, quasi-monopole qui était la source principale de revenus des Majors, est alors bouleversée, puisque le Web permet une mise en relation plus facile, et beaucoup moins coûteuse (réduction des dépenses marketing) entre le public et les créateurs de contenus culturels.
- Le bien culturel prend une forme numérique facilement duplicable, ce qui le transforme en bien non-rival et non-excluable (voir cet article sur Crowdfunding.eu). Or ce type de bien (un bien collectif) pose de nouvelles difficultés pour couvrir les coûts fixes, et oblige à repenser de A à Z les conditions de financement de la création culturelle.
Mutuzz.com se positionne comme une évolution naturelle sur ces deux points critiques :
- Le site internet a l’ambition de devenir un point de rencontre évident et peu coûteux, entre un public en quête de contenus culturels et des créateurs en quête de financements. D’une part, côté offre, Mutuzz met ainsi en pratique l’idée de mutualisation des dépenses de rencontre du public : la notoriété de l’un rejaillit sur les autres, les efforts de chaque créateur profitent à tous les autres, ce qui diminue spectaculairement le niveau de rentabilisation d’un album (actuellement plus de 120000 ventes !), et démocratise le financement collectif. D’autre part, côté demande, Mutuzz facilite le travail de sélection des créations culturelles, en rendant visible et transparent les choix du public, en ouvrant l’accès à tous les créateurs, et en permettant l’interaction directe sans interférences marketing, entre créateurs et public potentiel (Crowdsourcing).
- La réhabilitation de la Souscription comme moyen privilégié de financement de la création immatérielle s’inscrit dans le mouvement naturel de transfert des processus de paiement en aval (paiement après production) aux processus de paiement en amont (pré-paiements conditionnels avant la production) plus adaptés aux caractéristiques des biens duplicables a l’infini et sans coûts. L’engouement du public ne sera plus alors vécu comme une menace pour les créateurs culturels, comme cela devient progressivement le cas actuellement de manière absurde.
Il reste maintenant à faire vivre et grandir Mutuzz en parlant du concept autour de soi, pour passer d’un système où quelques stars assurent la plus grande quantité des ventes, à un système plus équitable où des ventes suffisantes sont assurées pour une plus grande quantité d’artistes.
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